23.11.2009

Et le sens dans tout ça ?

 

La question du sens au travail est devenue majeure. Selon Florence Noiville, ancienne HEC et journaliste au Monde "les diplômés d'HEC sont taraudés par la quête de sens". Mais ils ne sont pas les seuls ! Les élites n'ont pas le monopole de la quête de sens, ce besoin se diffuse à travers toutes les couches de l'organisation, de l'employé au dirigeant en passant par le cadre qui s'interroge sur le sens profond de son action.

 

Il faut dire que l'actualité ne nous aide pas, chaque jour, délocalisations et licenciements boursiers nous montrent un monde économique plus proche de la piraterie que du bon vieux capitalisme à papa.. Les managers sont trop souvent contraints de mettre en place des actions qu'ils réprouvent en leur fort intérieur.  Une question essentielle se pose : Sommes-nous réellement efficaces lorsque notre conscience réprouve nos actes ? Comment s'investir pleinement, mettre sa force de travail au service d'une cause à laquelle on ne croit pas ? Comment allez-vous obtenir des acteurs de vos projets qu'ils mettent leur énergie au service de projets auxquels ils ne croient pas ?

 

Par l'argent ! Oui, mais ça ne suffit pas.

 

Managers, dirigeants, employés se posent quotidiennement la question du sens, qui sans réponse affaiblit la motivation, l'esprit d'initiative et donc la valeur ajoutée du travail des uns et des autres au sein d'un projet. Dans certains cas extrêmes, lorsque le grand écart est trop tangible, ça peut conduire à de l'incivisme ou pire à des actes préjudiciables de la part des plus tiraillés. Réussir un projet, c'est aborder la question du sens de l'action.

 

Selon Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix 2006, l'appât du gain n'est pas une pulsion plus grande que l'envie de bien. C'est une information éminemment utile !

 

Et concrètement ? Les canons éthiques, moraux, sociaux sont très différents d'une population à l'autre, certaines activités économiques permettent certaines actions et d'autres non. Il n'y a pas de mesure universelle, de recette magique pour offrir du sens à chacun. En revanche, il est un principe qui doit rester une ligne blanche, infranchissable : Primum non nocere.

 

Cette locution d'Hippocrate pourrait se traduire par : "d'abord, ne pas nuire". Il s'agit, de veiller à ce que la mise en œuvre de nos projets, soit le moins nuisible possible. Voire qu'elle apporte, quand c'est possible, des bienfaits sociaux, écologiques, économiques, et sociétaux concrets, même à la plus petite échelle. Faire un petit pas, c'est déjà donner une direction ! Donc un sens. L'envie d'engagement pour une société ou une cause contribuant à la collectivité humaine est très souvent un plus dont les retombées dépassent bien souvent le gain espéré.

 

Voici comment Danone a ajouté du sens à son image (et gagné de nouveaux clients!). Tout commence par une rencontre entre Franck Riboub, PDG de Danone et Muhammad Yunus. Les deux hommes se retrouvent autour d'une idée commune: "Faire reculer la pauvreté et la malnutrition dans les pays les plus touchés peut passer par la création d'entreprises pérennes et tournées vers des objectifs sociaux". Une première usine sort de terre au Bangladesh, elle produit des yaourts fortifiés en nutriments à un prix accessible aux plus démunis. C'est un succès économique et humanitaire reconnu, l'apport de sens au groupe Danone est évident.

 

 

Après avoir bien identifiés les valeurs de l'organisation et extrait les signaux toxiques de la perte de sens. Voici quelques éléments concrets offrant du sens et donc de l'engagement de la part de vos collaborateurs :

  • Ne pas faire de promesses qui ne pourraient pas être tenues
  • Expliquer les avantages individuels que chacun retirera de l'action à mener
  • Montrer les avantages pour tous
  • Inscrire le projet dans une orientation plus vaste
  • Reconnaître le travail accompli par des compliments sincères

 

Le management de projet est à même de créer les indispensables cercles vertueux du sens et de l'engagement, il ne faudrait pas s'en priver !

Commentaires

Enfin quelqu'un qui s'exprime au bon niveau de problématique.
De mon côté, je travaille sur la question du sens dans les organisations depuis une quinzaine d'année, et je propose une approche systématique de management par et avec le sens

Écrit par : Jean-Marc Blancherie | 24.11.2009

La question du sens fâche. C'est une question qui est largement débattue à l'extérieur de l'entreprise, car si vous l'abordez de front en interne vous serez éliminé !

Démontrez la pertinence du action ayant du sens, vous vous mettez à dos les gardiens du professionnalisme façon... HEC !!!

Quel paradoxe ennuyeux. Si les futurs HEC placent cette question au centre de leurs préoccupations, c'est plus portés par l'idéalisme de leur jeunesse. Un peu de formatage, quelque stages et des parrainages de ceux qui réussissent auront tôt fait de les remodeler dans le droit chemin de la performance idéale. Et on ne peut leur reprocher cette mutation, qui s'inscrit dans une perspective de défense de leurs intérêts sociaux..

Monsieur FORT, "le sens dans tout ça" ne sera même pas débattu clairement sur viadéo tant la peur guide les interventions et s'y inscrit en filigrane. Les cadres ont peurs, leurs supérieurs ont peur. Comment voulez-vous qu'ils oeuvrent pour une quête de sens ?

En vous remerciant pour votre intervention, et en restant à votre disposition pour en débattre plus largement.

Bienà vous.

G. Vopel

Écrit par : vopel | 24.11.2009

Pour l'annecdote et pour rebondir sur la fin de votre message, je suis venu voir cette page grâce à viadeo (hub "bonnes pratiques managériales") où justement nous étions en train d'essayer de caractériser le "bon management" à partir d'une disucssion sur le reportage sur le stress au travail et l'exemple de Carglass que vous avez peut-être vu. Preuve que les gens de viadeo ne sont pas aussi coincés que j'ai cru le sentir dans votre intervention ;-) Peut-être nous retrouverez nous pour partager sur ce hub : je serai content d'avoir du répondant. Personnellement j'ai pas peur de chercher du sens et j'espère que vous aussi

Après ce clin d'oeil amusant votre débat me donne envie de participer : OK pour Danone. Je dirai même EXEMPLAIRE.

Je ne peux cependant pas m'empêcher de faire fonctionner mon sens critique ce qui me conduit à la prudence: l'ont-ils fait pas désintéressement pur (en acceptant ainsi si l'opération aurait été menée à perte) ou par simple calcul stratégique (quête d'image médiatique notamment). Je rappelle que ce sont les mêmes qui nous vantent les bienfaits pour la santé d'actimel à grands renforts de pub alors que les associations de consommateurs rappellent que l'intérêt pour la santé est égal à celui d'un simple yaourt... Danone est donc bien un champion du marketing.

Cependant, qu'elles soient bien ou mal intentionnées ces actions sont positives en tous cas et en ce sens c'est un point positif.

La réalité est toujours complexe et pas binaire.

je retiens l'affimation de Muhammad Yunus : "l'appât du gain n'est pas une pulsion plus grande que l'envie de bien." Intéressante proposition. Je méditerai dessus.

@u plaisir de partager sur ces pages ou sur viadeo (qui n'est que l'addition de ce que l'on met dedans... )

cordialement

Grégoire saussus

Écrit par : Saussus Grégoire | 25.11.2009

Je rebondis à la fois sur le reportage sur le stress au travail avec l'exemple de Carglass, et sur les futurs dirigeants que sont les étudiants HEC :

j'ai été très intéressée par le moment, dans le reportage sur le stress au travail, où une psychologue avait organisé une rencontre entre des personnes souffrant au travail (il s'agissait de souffrances liées aux TMS et au stress) et des étudiants HEC.
Les personnes souffrantes expliquaient leurs maux avec leurs mots, et les étudiants ont compris ceci :
"Vous nous dites que vous souffrez de solitude et de manque d'autonomie intellectuelle, et nous, on nous apprend à tout organiser pour aller vers ce genre de situations...."

Et bien, voilà, je crois qu'il faut commencer par là : sensibiliser les jeunes pour que ça change, avec des rencontres de ce type.
ET d'ailleurs, pas que ceux d'HEC !
Je suis, sur ce sujet, scandalisée de voir que notre principale difficulté à faire changer les choses, c'est que nos dirigeants viennent tous des mêmes "sources", qu'ils s'embauchent entre eux, etc...
Pas de place pour ceux qui ne sont pas HEC ?
Pas de place pour ceux qui ne cherchent pas la performance idéale sur des modèles poussiéreux et tournés vers l'intérêt de ces mêmes personnes ?

je crois que le salut se trouve dans la rupture de cette "mongolisation" aux plus hauts niveaux de nos entreprises...

Travaillons ensemble et sans mépris pour atteindre le mieux-être au travail !

Écrit par : Marie CATALON | 28.11.2009

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